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Stephanie Medeiros parle des infrastructures pour véhicules électriques au Canada, des technologies innovantes, des réseaux de recharge bien conçus et des flottes commerciales

8-mai-2026

Par Blake Marchand

Dans cette entrevue, Stephanie Medeiros, responsable de la mobilité chez Schneider Electric Canada, nous livre son point de vue sur les infrastructures de recharge des véhicules électriques au Canada, les facteurs qui contribueront à l’adoption croissante des véhicules électriques, la modernisation du réseau électrique pour les flottes commerciales, le rôle du « Vehicle-to-Grid » (V2G) et d’autres approches innovantes en matière d’électrification.

Stephanie Medeiros, responsable de la mobilité chez Schneider Electric Canada

Le rôle de Mme Medeiros est axé sur l’écosystème complet de l’électrification.

Schneider Electric est une entreprise qui offre des solutions de bout en bout.

« En fin de compte, a-t-elle déclaré, notre objectif est d’accompagner les organisations dans une transition fluide et pratique vers l’électrification. Nous voulons que Schneider Electric soit reconnue pour sa capacité à réunir la combinaison idéale de technologie, d’expertise et de service client afin d’aider le Canada à passer de la planification d’un avenir électrique à une mise en œuvre active, fiable, efficace et durable. »

En ce qui concerne la recharge des véhicules électriques, cela inclut :

la recharge à domicile et en dépôt (CA), EV Connect pour la gestion des chargeurs, la gestion de l’énergie et l’intégration des PME, ainsi que l’installation et la mise en service. L’expertise en matière de flottes et de sites complexes est un autre domaine d’intérêt pour Schneider, qui fournit des solutions de bout en bout pour les flottes commerciales, les aéroports et d’autres pôles de transport complexes.

Mme Medeiros s’est forgé une solide réputation dans le secteur des véhicules électriques en tant que leader et championne de projets, de partenariats et de technologies innovants. Avant de rejoindre Schneider, elle a dirigé une équipe chargée des comptes internationaux et des partenariats chez ABB E-Mobility. Elle a été nommée parmi les leaders du Clean50 canadien en 2023, siège au conseil d’administration d’Electric Mobility Canada et est membre du comité consultatif de Battery Associates.

Vous trouverez ci-dessous mes questions en gras, suivies des réponses de Mme Medeiros.

En matière de recharge des véhicules électriques, les investissements fédéraux récents comprennent 84,4 millions de dollars pour 122 projets visant à installer plus de 8 000 bornes de recharge à travers le Canada, un investissement de 1,5 milliard de dollars par le biais de la CIB pour les infrastructures de véhicules électriques, ainsi qu’un programme d’accessibilité financière sur cinq ans offrant entre 2 500 et 5 000 dollars.
Que retenez-vous de ces mesures ? Les considérez-vous comme une avancée positive ? Quels sont, selon vous, les efforts nécessaires pour soutenir l’adoption de ces véhicules ?

SM : De mon point de vue, les récentes mesures fédérales constituent un pas significatif dans la bonne direction, mais elles ne sont qu’un point de départ, pas la ligne d’arrivée. Les 84,4 millions de dollars destinés à l’installation de 8 000 nouvelles bornes de recharge et l’engagement de 1,5 milliard de dollars de la Banque de l’infrastructure du Canada en faveur d’infrastructures à grande échelle pour les véhicules électriques s’attaquent directement à l’un des principaux obstacles à l’adoption : l’accès à des bornes de recharge fiables. Ils complètent également les incitations fédérales de 2 500 à 5 000 dollars, qui continuent de jouer un rôle important pour aider les nouveaux acheteurs de véhicules électriques et les petites flottes.

À mesure que de nouveaux modèles arrivent sur le marché, il est important que le Canada reste en phase avec la norme nord-américaine de recharge (NACS), qui s’impose rapidement comme le connecteur dominant sur tout le continent. Une norme unique et unifiée simplifie la recharge pour les conducteurs, réduit les problèmes de compatibilité et garantit que les nouveaux véhicules peuvent utiliser de manière fiable le réseau croissant de bornes de recharge publiques et privées. Le maintien de cette cohérence permet d’éviter le type d’écosystème de recharge fragmenté que l’on a observé dans d’autres régions et favorise une transition plus fluide et plus sereine vers les véhicules électriques.

Il reste encore un travail considérable à accomplir, notamment en matière d’octroi de permis et de coordination avec les services publics, où les projets peuvent subir des retards de six mois ou plus en raison des processus d’approbation et de raccordement au réseau. La rationalisation de ces étapes, en particulier pour les dépôts de flottes, sera tout aussi importante que le financement du matériel lui-même.

Nous avons également besoin d’un soutien accru pour les régions mal desservies et les cas d’utilisation spécifiques, car les corridors ruraux, les communautés du Nord et les applications pour véhicules lourds nécessitent des stratégies d’infrastructure ciblées plutôt que de se contenter des bornes de recharge pour véhicules de tourisme dans les centres urbains. Enfin, une vision claire à long terme des normes, des incitations et des échéances donnera aux flottes et aux investisseurs la confiance nécessaire pour s’engager dans l’électrification à grande échelle.

De votre point de vue, quels sont les facteurs qui contribueront à l’adoption croissante des VE et à la mise en place d’une infrastructure plus solide au Canada ?

SM : J’ai tendance à considérer l’adoption et l’infrastructure comme les deux faces d’une même médaille. On ne peut pas résoudre l’un sans l’autre.

1. Coût total de possession et volatilité des prix du carburant : Les prix élevés et volatils du carburant exercent une pression réelle sur les flottes qui ne se sont pas encore électrifiées, tandis que les coûts de l’électricité sont relativement stables. Cette stabilité, combinée à des coûts d’entretien réduits, rend l’économie des véhicules électriques de plus en plus attractive pour les opérateurs commerciaux. L’électrification des flottes devient urgente car les coûts de l’électricité sont stables par rapport aux prix volatils du carburant.

2. Des réseaux de recharge fiables et bien planifiés : Le Canada vise 100 % de ventes de véhicules légers zéro émission d’ici 2035, mais nous constatons encore des lacunes dans les immeubles résidentiels collectifs, les zones rurales et le long des corridors de transport de marchandises lourdes. Les investissements publics, comme les 8 000 nouvelles bornes de recharge, sont importants, mais nous avons également besoin :

• De recharge à domicile et sur le lieu de travail pour un confort au quotidien

• De recharge dans les dépôts et pour les flottes avec une gestion intelligente de la charge

• De recharge rapide en courant continu haute puissance le long des principaux axes

Le portefeuille de Schneider Electric couvre des solutions pour la recharge à domicile et sur le lieu de travail, des logiciels et la gestion de l’énergie, ce qui nous permet de concevoir une infrastructure qui évolue avec la demande plutôt que de devenir un goulot d’étranglement.

3. Formation et parcours client : L’une des lacunes que je constate est que de nombreuses organisations sont encore contraintes de combiner du matériel provenant d’un fournisseur, des logiciels d’un autre et une solution de gestion de l’énergie d’un troisième. Cela rend le parcours complexe et risqué. Schneider Electric rassemble ces éléments en proposant du matériel, des logiciels, l’installation, la gestion de l’énergie et un système de gestion des chargeurs (EV Connect) sous un même toit, ce qui simplifie la prise de décision et accélère le déploiement.

Que faut-il prendre en compte pour moderniser le réseau canadien en vue d’une électrification de masse, en particulier pour les flottes commerciales et les provinces mal desservies ?

SM : Lorsque nous parlons de « préparation du réseau », il ne s’agit pas seulement d’augmenter la capacité. Il s’agit d’utiliser cette capacité de manière intelligente.

1. Recharge intelligente et gérée : Si chaque dépôt de flotte ou immeuble d’appartements recharge ses véhicules à pleine puissance en même temps, nous surchargerons les réseaux locaux. Mais grâce aux systèmes de gestion de l’énergie, à l’équilibrage de la charge et aux stratégies de tarification en fonction de l’heure d’utilisation, nous pouvons échelonner la recharge, donner la priorité aux véhicules essentiels et éviter des mises à niveau inutiles des infrastructures. Les solutions de gestion de l’énergie et de micro-réseaux de Schneider Electric sont précisément conçues pour ce type d’optimisation, en intégrant la recharge des véhicules électriques aux charges des bâtiments et à la production sur site.

2. Planification pour les flottes et les cas d’utilisation intensive : Les flottes commerciales, les bus et les camions ont des profils très différents de ceux des véhicules de tourisme. Ils nécessitent souvent :

• Une recharge à haute puissance

• Une infrastructure à l’échelle du dépôt

• Une coordination étroite avec les services publics

Les provinces mal desservies et les services publics ruraux peuvent avoir besoin d’un soutien supplémentaire (tant technique que financier) pour planifier ces charges. C’est là que les programmes fédéraux et les outils tels que l’initiative d’infrastructure de la CIB peuvent aider à réduire les risques liés aux investissements.

3. Intégration au réseau basée sur les données sur des sites complexes tels que les aéroports, les ports et les grands campus, nous utilisons déjà des plateformes telles que Power Monitoring Expert (PME) pour offrir aux opérateurs une visibilité en temps réel sur les flux d’énergie, y compris la recharge des véhicules électriques. À Vancouver, par exemple, la modernisation de l’aéroport et les objectifs de zéro émission nette suscitent un intérêt pour les solutions intégrées d’énergie et de recharge, et Schneider Electric soutient cette transition grâce à des systèmes avancés de surveillance et de contrôle.

4. Équité et équilibre régional : Les plans de modernisation doivent également tenir compte de l’équité régionale, en veillant à ce que les communautés du Nord, autochtones et rurales ne soient pas laissées pour compte. Cela implique des solutions sur mesure, notamment des micro-réseaux, des ressources énergétiques distribuées et une infrastructure de recharge adaptée aux besoins locaux, plutôt qu’un modèle unique.

Quel est le rôle/potentiel du Vehicle-to-Grid (V2G) dans la transition vers l’électrification ? BC Hydro a annoncé un projet pilote V2G utilisant des bus scolaires électriques à la fin de l’année dernière. Pensez-vous que d’autres projets de ce type verront le jour à travers le pays ? Existe-t-il actuellement d’autres approches innovantes qui, selon vous, auront un impact considérable à l’avenir ?

SM : Le « Vehicle-to-grid » (V2G) est l’un des outils les plus prometteurs de la boîte à outils de l’électrification, mais il doit être déployé de manière réfléchie.

1. Le V2G en tant que ressource du réseau : En principe, le V2G permet aux véhicules électriques en stationnement de servir d’actifs énergétiques flexibles, fournissant des services tels que l’écrêtement des pics de consommation, l’alimentation de secours et même des services auxiliaires au réseau. Pour les flottes aux horaires prévisibles (comme les bus scolaires), cela est particulièrement prometteur. Le projet pilote de BC Hydro utilisant des bus scolaires électriques est un excellent exemple de la manière dont nous pouvons tester ces concepts dans un environnement contrôlé et à fort impact.

2. L’avenir du V2G au Canada selon moi : je m’attends à voir davantage de projets pilotes à travers le pays, notamment dans les domaines suivants :

• Les autobus scolaires et les flottes municipales

• Les campus d’entreprises dotés de grands parkings

• Les aéroports et les ports, où les véhicules restent stationnés pendant de longues périodes

Cependant, l’adoption généralisée du V2G nécessitera des cadres réglementaires clairs, des normes d’interconnexion et des modèles économiques afin que les exploitants de flottes soient rémunérés équitablement et que les services publics puissent compter sur ces ressources.

3. Autres innovations à fort impact :

Recharge intelligente et bidirectionnelle au niveau des bâtiments : Avant même la mise en place d’un système V2G complet, le véhicule-bâtiment (V2B) peut assurer la résilience des installations critiques.

Électrification intégrée des aéroports : Les aéroports électrifient non seulement les véhicules de transport de passagers, mais aussi les équipements de soutien au sol et les véhicules thermiques, et ils se sont fixé des objectifs stricts en matière de carbone.

Jumeaux numériques et analyses avancées : L’utilisation d’outils numériques pour simuler la croissance de la charge, les schémas de recharge et les impacts sur le réseau aide les services publics et les grands clients à planifier leurs investissements avec plus de précision et à éviter de surdimensionner ou de sous-dimensionner les infrastructures.

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