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Eric_Deschenes_400.gifLine Goyette

30 mai 2019

Difficile de faire dévier Éric Deschênes de sa passion : comprendre pour trouver des solutions. Comprendre la technologie, bien sûr, mais aussi les implications sociales de la technologie et les modèles d’affaires pour optimiser l’adoption de ces technologies. C’est ce qui l’a amené à étudier en ingénierie et constitue la ligne directrice de sa carrière professionnelle depuis 26 ans. « J’ai étudié en ingénierie mécanique, parce que ce qui m’intéresse, c’est la façon et l’approche structurée de trouver une solution à un problème. » Il a également développé, par sa participation à de nombreux conseils d’administration, un côté plus humain dit-il - « en redonnant à sa communauté » -, ce qui lui fait voir les aspects sociaux de la technologie. Sa vie professionnelle est également motivée par le développement de nouveaux modèles d’affaires. 

À sa sortie de l’École Polytechnique, en génie mécanique, son premier emploi est chez Emerson Electric en tant qu’ingénieur d’applications. Il touchera à plusieurs segments de marchés, bois, agro-alimentaire, pétrochimie, mines, pharmaceutique. Il progresse rapidement et à 32 ans dirige une équipe de ventes et applications dans le segment des télécoms. Il sera recruté en 2003 par Schneider Electric. Il développe ses connaissances en automatisation, contrôles industriels et distribution électrique et remporte des succès en ventes, marketing, ingénierie et acquisitions stratégiques. En 2010, on lui confiera la direction de la division Énergie et en 2014, on ajoutera à son portfolio la division des segments stratégiques et des utilisateurs finaux.  En 2017, il est nommé vice-président Nord-américain, Mines Métaux & Minéraux et dirigera une équipe de vente dans toute l’Amérique du Nord (Canada, États-Unis et Mexique)., il sera recruté par ABB Canada en fin de l’année 2017 et il commente comme suit : « J’ai eu l’opportunité et le privilège de succéder à John Sencich. » 

Pourquoi avoir accepté ce nouveau défi? « Trois raisons ont motivé son choix. La première est l’exceptionnelle crédibilité de la force de vente de Thomas & Betts (ABB). La deuxième est l’acquisition de GEiS par ABB et il s’agit ici de sa 5e ou 6e acquisition au cours de sa carrière. Celle-ci lui donne l’incroyable possibilité d’utiliser ses connaissances en ingénierie et son expérience pour réinventer le modèle d’affaires. Et la troisième raison est le plaisir de pouvoir travailler avec une leader reconnue, Nathalie Pilon. »

Il poursuit, intarissable, « ABB, c’est un modèle d’affaires centré sur les besoins du client. Le processus de collaboration et de transparence mis en place nous permet de parler non pas seulement de produits, mais d’une architecture qui va de la sous-station électrique jusqu’à la prise électrique a la maison. » 

Éric est responsable de l’unité d’affaires Électrification chez ABB Canada. Ses nouveaux défis? « Dans notre secteur d’affaires, nous proposons des solutions à des clients, qui à l’occasion, ne savent pas encore qu’ils en ont besoin. L’arrivée d’Hitachi avec le partenariat (joint venture) Power Grid (PG) d’ABB-Hitachi, par exemple, va nous permettre d’accélérer la digitalisation de la grille publique. On peut parler d’une « grille plus intelligente » qui va devenir plus digitalisée, plus décentralisée et plus décarbonisée. C’est une solution gagnante-gagnante-gagnante pour tous ».

La situation est assez particulière au Canada, « Nous avons ici des entreprises publiques de fourniture d’électricité, et leur modèle d’affaires devra forcément évoluer et changer. »  Il poursuit en expliquant, « le système le plus complexe au monde développé par les êtres humains est la grille électrique. Ce système a été développé pour répondre, très fréquemment, à deux périodes de pointes de service par jour et par année. De plus, l’efficacité énergétique se doit d’être à l’agenda, car pour chaque 3 unités d’énergie produite, une seule est consommée, les deux autres se « vaporisent ». Avec les transformations sociétales en avant de nous, entre autres avec l’accroissement de la quantité des centres de données, l’adoption des véhicules électriques, les énergies renouvelables, les systèmes de stockage et l’arrivée des micro-grilles, nul doute que les services publics font face à plusieurs nouveaux défis afin de soutenir ces nouveaux « acteurs » dans le secteur de l’énergie. Il est fort probable que le modèle de facturation actuel devra changer afin de s’adapter à cette nouvelle réalité. » On voit poindre ici le développement de nouveaux modèles d’affaires. « Nous sommes maintenant en mesure d’aider la grille électrique à se réinventer. C’est une bonne nouvelle pour nous tous, du point de vue des clients finaux. »

Un atout pour faire avancer cette digitalisation et l’architecture basée sur les besoins du client? « L’acquisition de T&B par ABB a permis de comprendre le modèle d’affaires canadien basé, notamment, sur les distributeurs. Au Canada, notre industrie compte environ 880 succursales de distribution et nous sommes présents et servons environ 650 de ces derniers. Cet héritage de T&B est un atout pour ABB. Nous sommes l’un des seuls fabricants majeurs à avoir un centre de distribution, ici à Bromont (285 000 pi ca), ce qui nous permet de donner une excellente valeur ajoutée à nos partenaires et clients tout en demeurant compétitif. Notre centre de distribution a un niveau d’efficacité de 99,96% et lorsque combiné avec notre programme « Signature Services », la gestion du notre réseau de distribution se fait en quasi harmonie grâce à une culture de partenariat unique. »

Il poursuit, « l’acquisition de GEiS nous a permis de compléter notre offre de produits et d’équipements de distribution électrique de normes ANSI-NEMA. Cette acquisition nous permet maintenant d’offrir la gamme la plus complète des produits et équipements de distribution électrique au Canada. ABB est ici en présence d’une opportunité d’affaires unique et inégalée. En effet, nous pouvons soit renforcer le modèle d’affaires actuel, notamment d’un manufacturier unique en distribution électrique par distributeur, ou de changer ce modèle d’affaires et permettre aux distributeurs d’avoir plus qu’une ligne majeure offerte dans le réseau de distribution des produits électriques. Peu importe le modèle d’affaires, ceci continuera de procurer une saine et honnête compétition ayant une valeur proposée unique à nos clients et partenaires. »

Pour Éric Deschênes cette valeur ajoutée s’explique ainsi. « La stratégie que nous mettons en place peut s’expliquer en trois volets : Produits Standards, Équipements Distribution Électriques CTO et Équipements Distribution Électrique ETO. Pour les produits de distribution électriques standards, nous bâtissons sur l’héritage de T&B en offrant une valeur ajoutée « une commande, une expédition et une facture » et ce directement de notre centre de distribution de Bromont. Nous mettons aussi en place, le volet équipements distribution électriques CTO (Configure to Order), dont le premier produit phare sera le panneau d’éclairage, qui sera assemblé à Montréal, avec de l’acier canadien. Le troisième volet, équipements distribution électrique ETO (Engineer to Order) pour les produits à basse et moyenne tension et les centres de contrôles moteurs, nous sommes à évaluer la structure nécessaire ainsi que la chaine d’approvisionnement requise afin de mettre en place et en mode pilote dès 2020. » 

Son impatience à réussir l’implantation du nouveau modèle d’affaires et de la nouvelle ère technologique est palpable. « Il faut demander aux gens de comprendre le rôle qu’ils ont à jouer dans l’acceptation de la technologie. On parle de réchauffement climatique et on dit que des changements imminents sont essentiels dans la génération, la distribution et la consommation d’énergie. On doit optimiser tout ce qui nous entoure à commencer par l’interrupteur. Le courant AC a gagné la bataille, mais dans un avenir rapproché nous pourrions avoir un bus DC à la maison. De plus, l’internet des objets va nous permettre, avec des produits intelligents, de contrôler la charge électrique et ainsi optimiser la consommation de l’énergie à tout moment. Nous sommes à l’ère de l’énergie en 3D: Décarboniser, Décentraliser et Digitaliser l’énergie. La technologie est prête, il faut l’accepter, la rendre disponible et mettre en place les modèles d’affaires nécessaires afin de permettre à notre grille électrique publique de moduler et optimiser en temps réel notre demande en énergie. » Et Éric Deschênes sera aux premières lignes de ces changements.