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EIN-18-Safety-Fluke-400.jpgPar James R. White

29 juillet 2018

Depuis la récente publication de l’édition 2018 du code de normes NFPA 70E, de nombreux utilisateurs trouvent difficile d’interpréter ce qu’il entend et de savoir sur quoi focaliser leur attention. En bref, la totalité du NFPA 70E est importante, pas seulement un chapitre, un article ou une section. Le présent article met toutefois en évidence les 10 changements que l’auteur juge fondamentaux.

Changement no1 : Nouveau tableau 130.5(C), Estimation de la probabilité de survenance d’un incident d’arc électrique pour les réseaux en courant alternatif et en courant continu. 

Ce tableau remplace le tableau 130.7(C)(15)(A)(a), Identification du risque d'éclair d'arc électrique pour les réseaux en courant alternatif (c.a.) et en courant continu (c.c.)dans l’édition de 2015 du NFPA 70E. (Voir la figure 1a.) Outre les modifications au titre et à l’emplacement, le nouveau tableau 130.5(C) dans le titre de la troisième colonne de l’édition de 2018 (de « ÉPI requis contre les éclairs d’arc électrique » à « Probabilité de survenance ». La section 130.5(C) de l’édition 2018 stipule également que “Le tableau 130.5(C) doit pouvoir être utilisé pour évaluer la probabilité de survenance d’un arc électrique afin de déterminer si des mesures de protection supplémentaires sont nécessaires. » L’emploi de vêtements anti-arc et ÉPI sont l’une des mesures protectives additionnelles inscrites. (Voir la figure 2.) 

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Pourquoi le changement? 

Le code de normes NFPA 70E est destiné aux  ouvriers en électricité et non pour les ingénieurs ou les avocats qui peuvent cependant l’utiliser. Au cours des derniers cycles, le comité du 70E a essayé d’améliorer l’utilisabilité du code de normes, particulièrement du côté des tableaux portant sur l’ÉPI requis contre les éclairs d’arc électrique, afin de faciliter leur utilisation pour les travailleurs en électricité. Le déplacement du tableau 130.5(C) dans le corps du code de normes permet de l’utiliser dans le cadre d’une analyse du danger d’arc électrique à la fois pour la table des méthodes et lorsque des étiquettes de mise en garde contre les éclairs d’arc sont utilisées. 

Résultat essentiel :

Le nouveau tableau est utile, mais ne peut pas se substituer à l’expérience ou au savoir-faire. Il faut donc l’utiliser avec prudence. La personne devant l’appareillage qui s’apprête à effectuer une tâche doit déterminer sa pertinence et évaluer sa condition, notamment l’état de son entretien, avant d’accomplir cette tâche. L’emploi de ce tableau est « permis »; autrement dit, il s’agit d’une option—il peut être utilisé mais n’est pas obligatoire. À la fin du tableau 130.5(C) il est dit que pour utiliser le tableau, l’appareillage doit être en condition normale de fonctionnement : 

Assurez-vous aussi de lire et de comprendre le commentaire à la fin du tableau qui stipule, en partie :

« L’estimation de la probabilité de l’occurrence présentée dans ce tableau ne couvre pas toutes les conditions ou situations possibles, et ne traite pas non plus de la gravité des blessures ou des dommages à la santé. Lorsque le tableau indique « Non » comme estimation de la probabilité, cela signifie qu’un incident d’arc électrique est peu susceptible de se produire. Lorsqu’il indique « Oui », cela signifie que des mesures de protection additionnelles doivent être prévues et mises en œuvre en vertu de la hiérarchie de contrôle des risques identitiée à l’article 110.1(H). »

Soyez conscient que « peu susceptible de se produire » ne signifie pas que cela ne se produira pas, mais seulement que le risque d’occurrence est minime. Outre le tableau, utilisez votre meilleur justement lorsque vous évaluez le risque.

Changement no 2. Seuil de tension continue du risque de choc électrique ramené à 50V.

Le seuil de 100V a été ramené à 50V pour se conformer aux règlements de l’OSHA. 

Pourquoi ce changement?

Au cours du cycle de révision du NFPA 70E de 2015, le seuil de tension continue pour le risque de choc électrique avait été porté à 100 V CC (voir la Figure 2a) après que la majorité du comité du 70E ait été convaincue de le faire par un exposé très persuasif d’un interlocuteur respecté. fluke3_550.jpg

Même si le conférencier avait raison du point technique, l’OSHA n’en convenait pas. Durant le le cycle de révision de 2018, l’OSHA a donc distribué au comité une lettre d’interprétation, datée du 4 septembre 2015, stipulant que l’OSHA citerait tout employeur qui n’observerait pas son seuil de 50 V CA ou de C CC. Cette lettre comprenant des exemples de travailleurs ayant été tués par des tensions inférieures à 50 V. Inspiré par l’avis de l’OSHA, le comité a changé de cap quant au seuil de choc et est revenu à la valeur de 50 V CC (voir la figure 2b.) 

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Facteur décisif : 

Le seuil de choc pour les tensions c.a. et c.c. est de nouveau de 50 V pour se conformer aux règlements de l’OSHA. Cela est fondé sur une section de l’avant-propos de la norme 70E qui stipule : « Le comité élaborerait une norme pour les installations électriques qui serait compatible avec les exigences de l’OSHA en matière de sécurité des employés ….” 

Changement no 3. Nouveau tableau 130.5(G), Sélection de vêtements anti-arc et autres ÉPI lorsque la méthode d’analyse des risques d’incident énergétique est utilisée. 

Dans la norme 70E de 2018, le tableau 130.5(G) remplace le tableau H.3(b) de la norme de 2015. Ce nouveau tableau donne des conseils sur la façon de sélectionner les ÉPI lorsque la méthode d’analyse des risques d’incident énergétique est utilisée et a été incorporé dans le corps de la norme.

Pourquoi le changement?

Dans les éditions précédentes de la norme 70E, le tableau  H.3(b) (voir la figure 3a) était présenté dans l’annexe H. Des travailleurs ont fait observer qu’il n’y avait aucune méthode pour sélectionner tous les ÉPI requis lors de l’utilisation de la méthode d’analyse énergétique, car le tableau H.3(b) se trouvait dans l’annexe H et que tout ce qui figure dans les annexes n’est pas considéré comme faisant partie de la norme. Par conséquent, le tableau  H.3(b) n’était pas utilisé comme prévu. Dans l’édition 2018 de la norme 70E, le tableau a été modifié de façon à éliminer tout vêtement ou ÉPI inférieur à 1.2 cal/cm2, puisqu’il ne porte que sur les vêtements anti-arc et autres ÉPI. Le tableau a été renommé « Tableau 130.5(G) » et intégré aux corps du code de normes. Son emploi est « autorisé », c’est-à-dire optionnel—il peut être utilisé mais n’est pas obligatoire. 

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Facteur décisif : 

SI les vêtements anti-arc et autres ÉPI doivent être sélectionnés au moyen d’étiquettes d’avertissement contre les éclairs d’arc, le tableau 130.5(G) peut être utilisé pour faciliter le choix de ces équipements. Les utilisateurs sont prévenus de ne pas mélanger la Méthode du tableau à la Méthodes d’analyse des incidents énergétiques pour sélectionner leurs vêtements anti-arc et leurs ÉPI. Les deux méthodes sont incompatibles, ce qui pourrait entraîner des problèmes. La méthode du tableau est utilisée lors de l’évaluation du courant de défaut disponible et le temps de fonctionnement du dispositif de protection contre les surintensités (OCPD). Le tableau 130.5(G) est employé lorsque des étiquettes d’avertissement contre les éclairs d’arc y sont apposées.

Changement no 4. Le comité de la norme NFPA 70E établit des intervalles minimaux de formation en RCR et en premiers soins. 

L’édition 2018 de la norme NFPA 70E stipule désormais dans l’article 110.2(C)(2)(d) que « la formation doit être assurée à une fréquence qui satisfait aux exigences de l’organisme de certification. » C’est pourquoi le comité de la norme NFPA 70E a établi des exigences minimales en matière de formation en RCR et en premiers soins, et non en matière de meilleures pratiques de travail.

Pourquoi le changement?

Dans les éditions précédentes du code de normes NFPA 70E, les formations en RCR, en premiers soins et en DAE étaient exigées sur une base annuelle. Cet intervalle était peut-être plus fréquent que celui des exigences fixées pour le grand public par divers autres organismes, comme la AHA (American Heart Association), mais les travailleurs en électricité courent néanmoins plus de risques de souffrir de fibrillation ventriculaire à la suite d’un choc que le grand public. 

Durant le cycle de révision de l’édition 2018 du code de normes NFPA 70E, la question a été abordée que le NFPA 70E n’établit pas de meilleures pratiques de travail, mais plutôt des exigences minimales. Les entreprises doivent respecter, voire dépasser les exigences de ce code de normes. 

Facteur décisif :

L’idée du comité de fixer des normes minimales au lieu de pratiques de travail sécuritaires a fait l’objet, par le passé, de nombreuses discussions parmi les membres qui ont, en général, opté pour l’élaboration d’exigences minimales plutôt que de meilleures pratiques professionnelles. Dans le cadre de cette approche, la norme stipule que l’intervalle des formations suit celui de l’organisme de certification. Par exemple, si l’intervalle de recertification de l’American Heart Association est fixé à de deux ans, cela sera aussi la nouvelle exigence de la NFPA 70E. Après plus d’un an toutefois, et sous la pression d’une situation d’urgence, les travailleurs ne se souviendront probablement pas de la façon de pratiquer la RCR ou les premiers secours, sachant que la vie d’une personne pourrait en dépendre. C’est pourquoi l’auteur recommande fortement une formation annuelle pour la RCR, les premiers secours et/ou la DAE (si un  défibrillateur automatisé externe est disponible sur les lieux de travail.)

Changement  no 5. Oublier le seuil d’énergie incidente de 40 cal/cm2.

L’énergie incidente n’est pas une bonne mesure de l’onde de choc pouvant résulter d’un éclair d’arc électrique. 

Pourquoi le changement?

Dans les éditions précédentes, la norme 70E renfermait une note d’information dans l’article 130.7(A) stipulant : « Quand l’énergie incidente dépasse 40 cal/cm2 à la distance de travail, il peut être nécessaire de donner plus d’importance à la mise hors tension lorsque l’équipement est exposé à des risques électriques. » Cela a été la limite que les entreprises et les travailleurs ont utilisée pour déterminer ce qui était sûr et ce sur quoi il était impossible de travailler. Ce n’est toutefois pas ce qu’affirmait la note informative qui déclarait seulement que des efforts supplémentaires devraient être apportés pour mettre l’équipement hors tension, et non pas qu’on ne pouvait pas l’utiliser. En général, la plupart des gens auraient dit que tout équipement coté au-dessus de 40 cal/cm2 est interdit d’accès. Cela me convient.

Le problème avec cette note informative est qu’elle a été créée durant le cycle de révision de l’année  2000. Notre compréhension de l’arc électrique et de l’arc soufflé a considérablement changé depuis. Il y a des situations où de l’énergie incidente inférieure à 40 cal/cm2 peut être plus dangereuse que si elle est supérieure à ce niveau. Toutes proportions gardée, une défaillance qui, par exemple, libère 40 cal/cm2 sur 30 cycles créera moins de pression d’arc qu’une autre qui libère son énergie en deux cycles. Nous savons maintenant que l’onde pression (arc soufflé) est liée au courant de défaut et non à l’énergie incidente, car il s’agit d’un événement instantané. 

Facteur décisif :

Il n’y a rien de tel qu’un défaut d’arc « sécuritaire ». L’énergie incidente n’est pas une bonne mesure de l’onde de pression susceptible d’être générée par un arc. Il faudrait mettre hors tension l’équipement coté au-dessus de 40 cal/cm2 avant de travailler dessus. Quant à l’équipement coté sous ce niveau, Il devrait aussi être mis hors tension car une situation d’arc inférieure à 40 cal/cm2 peut également être grave. 


James R. White est Vice-président du Service de formation, Shermco Industries pour Fluke Corp.